Piège de lumière.

On aurait tort de croire que certaines affiches disent tout d’un film.

"The housemaid" est finalement un film sur l’innocence. Est-on si loin du précédent film de Im Sang-soo "Le vieux jardin" ? que nous avions diffuser il y a plus de 2 ans, cette histoire d’amour romantique et avortée sur fond d’histoire violente de la Corée. Il y a toujours ce goût chez lui pour la beauté mélancolique.

Ici dans “The housemaid” on pénètre dans l’univers d’un cinéaste qui nous rappelle un peu Hitchcok pour le jeu pervers et la manipulation, un peu Chabrol pour l’étude des mœurs des grands bourgeois, sitôt passé derrière les murs, en plein cynisme et hygiénisme froid.

Dans cette maison où chaque objet est à sa place, chacun se doit de tenir sa place, la caméra survole ce territoire comme un échiquier géant, noir et blanc, marbré et qui parait implacablement désert. Dans la vie quotidienne des habitants de cette maison tout est prétexte à mise en scène, de l’arrangement des plats à la disposition des lumières dans le bureau du maître, c’est plus un décor beau et froid qu’un lieu de vie, la maîtresse de maison d’ailleurs a tout d’une poupée. Ces gens sont beaux, tandis que le monde extérieur et ceux qui en viennent ne sont pas parfaits, ils ont des cicatrices, des rondeurs… la confrontation de ces deux mondes va se faire au travers du personnage d’Eun Yi jeune femme engagée comme bonne et nourrice…

Jeon Do-Yeon. Pretty Pictures

La scène d’ouverture dit beaucoup du film, il y est question d’indifférence tandis qu’une femme se suicide et que chacun vaque à ses occupations Eun yi, la protagoniste va s’attarder autour de la silhouette tracée de la suicidée au sol , fascination morbide ou vraie empathie ? On perçoit que cette jeune femme est fantasque, et libre encore, mais l’arrivée chez ses nouveaux patrons va la transformer peu à peu tandis qu’elle se fond dans son rôle de bonne au service de cette famille. Comme cela arrive avec ces papillons attirés par une lumière froide et belle, et qui ne peuvent se défaire de cette fascination qu’en se faisant violence.

"The housemaid" est un film à voir.